Dominer son chien : le conseil dangereux des dresseurs coercitifs

Dominer son chien : le conseil dangereux des dresseurs coercitifs

S’il y a bien un mythe qui persiste dans l’éducation canine, c’est celui de la hiĂ©rarchie entre un maĂźtre et son chien. Et mauvaise nouvelle: c’est probablement l’idĂ©e reçue la plus nocive qui existe pour la relation avec votre animal. 

L’obsession avec la dominance: une maladie qui contamine trop de clubs canins 

Certains clubs canins font un travail formidable – vous y dĂ©velopperez une relation de confiance et de coopĂ©ration avec votre chien. D’autres font tout l’inverse. Peut-ĂȘtre en avez-vous dĂ©jĂ  fait l’expĂ©rience ? Moi, oui. Je vous partage ici ma premiĂšre (et ma seule) malheureuse expĂ©rience dans un club canin "traditionnel". 

Deux choses m’avaient outrĂ©. 

La premiÚre : la violence exercée par ces soit-disant «professionnels» (à savoir : les coups de collier étrangleur). 

La deuxiĂšme : leur obsession avec la «dominance». À Ă©couter certains dresseurs de chiens, c’est la cause de tous les troubles comportementaux de votre compagnon. Dans ce cours collectif, nous sommes dix — cinq humains et cinq chiens. Le premier, un vieux labrador chocolat, tire sur sa laisse. RĂ©ponse de l’éducateur: «C’est lui qui vous prend pour son chien !». Le second : un chiot Cocker. Il est anxieux quand il est seul, et fait le loup. Solution: «Il faut rĂ©tablir les rapports hiĂ©rarchiques !». La troisiĂšme : une Malinoise craintive n’ose pas revenir Ă  son maĂźtre quand il l’appelle. Ce dernier l’avait auparavant violentĂ©e, brisant leur lien de confiance. Conseil de notre Ă©ducateur : «Montrez-lui qui est le patron !». Ça commence Ă  devenir redondant. Le quatriĂšme : un Jack Russel un peu nerveux ayant tendance Ă  agresser les autres chiens. Explications de notre Ă©ducateur : «C’est qu’il est dominant». Évidemment... Et enfin la cinquiĂšme, ma chienne, en pleine adolescence Ă  l’époque, prenait un malin plaisir Ă  grimper sur les autres chiens pour les chevaucher. RĂ©ponse: «C’est pour devenir chef de meute». Pour chaque problĂšme comportemental, le dresseur n’a qu’une seule explication: «Votre chien est dominant». Sans jamais chercher Ă  comprendre les causes de ces comportements. Franchement, pas besoin d’un professionnel pour rĂ©pĂ©ter inlassablement "le problĂšme, c’est la dominance" – n’importe qui peut le faire. En diagnostiquant un problĂšme de hiĂ©rarchie Ă  tous les chiens du cours collectif – peu importe leur Ăąge, leur vĂ©cu, ou leurs habitudes, le dresseur avait perdu toute sa crĂ©dibilitĂ©. 

Soumettre son chien en le plaquant au sol, ce n’est pas de l’éducation: c’est de la maltraitance 

À Ă©couter certains dresseurs de chiens, absolument tous les problĂšmes seraient rĂ©solus en remettant votre ami Ă  sa «place de chien». En d’autres termes : complĂštement soumis. Et comment soumet-on son chien ? Un triste exemple : on l’attrape par la peau du cou, on le retourne sur le dos, et on le plaque au sol en appuyant sur sa gorge. Violent, grotesque, et parfois mĂȘme traumatisant. Comment les Ă©ducateurs traditionnels justifient-ils cette barbarie ? Selon eux, ils reproduisent le comportement qu’aurait un mĂąle alpha avec les autres membres de sa meute. 

Exemple : quand un jeune loup essaye de voler le repas du dominant, il se fait mordre, et il ne recommence plus. Dans cet article, je vous explique en quoi cette explication est un non-sens.

Cassons le mythe de la hiérarchie ! 

Nous avons eu l’occasion d’interviewer le Dr vĂ©tĂ©rinaire comportementaliste Stephan Gronostay. DiplĂŽmĂ© en mĂ©decine vĂ©tĂ©rinaire de l’universitĂ© Justus-Liebig Giessen (Allemagne), le Dr Gronostay a aussi obtenu le Certificat d’Etudes VĂ©tĂ©rinaires Approfondies « MĂ©decine du Comportement des Animaux Domestiques » Ă  l’École Nationale VĂ©tĂ©rinaire d’Alfort en 2015. Il exerce en tant que vĂ©tĂ©rinaire comportementaliste Ă  domicile dans les dĂ©partements du Nord et du Pas-de-Calais, et fait aujourd’hui partie des meilleurs experts europĂ©ens sur le comportement canin. Dans cet interview, il explique scientifiquement pourquoi la hiĂ©rarchie entre homme et chien est une lubie.

Lire l’interview

Le Dr Gronostay explique bien: «Biologiquement, il n’existe pas de hiĂ©rarchie entre diffĂ©rentes espĂšces - donc pas de hiĂ©rarchie entre l’homme et le chien.(...) Certes, en tant que maĂźtre, je guide mon chien. C’est moi qui ai les clefs, puisque c’est moi qui donne les croquettes, par exemple. Le chien dĂ©pend dĂ©jĂ  entiĂšrement de moi. En principe, sans son maĂźtre il est perdu et ne peut rien faire. Donc j’ai dĂ©jĂ  un rĂŽle clef dans la vie du chien, sans avoir Ă  instaurer de hiĂ©rarchie.Tout ce qui suit consiste Ă  apprendre au chien que coopĂ©rer avec son maĂźtre lui apporte quelque chose de positif. Il s’agit de l’encadrer de maniĂšre bienveillante pour qu’il ne reproduise plus les comportements qu’on ne souhaite pas.» 

Si votre éducateur canin vous donne un de ces 5 "conseils" : Fuyez ! 

La profession d’éducateur canin n’est pas reconnue par l’Etat. En d’autres termes : n’importe qui peut se dĂ©clarer Ă©ducateur. N’importe qui peut vous "conseiller" sur comment dresser votre chien. A nous de faire le tri entre les bons conseils, et les idĂ©es reçues dangereuses. 

Voici 5 exemples des mythes à bannir en éducation canine.

Si un professionnel vous donne un de ces conseils : changez vite d’éducateur pour quelqu’un de plus compĂ©tent.

  1. «Il faut toujours manger avant son chien» Faux. Nourrissez votre chien Ă  horaires fixes. Si votre chien contrĂŽle son appĂ©tit, et n’a pas de problĂšmes de santĂ© ou de comportements particuliers, vous pouvez mĂȘme lui laisser ses croquettes Ă  volontĂ©.

  2. «Le panier du chien doit ĂȘtre Ă  l’écart, pour qu’il ne surveille pas vos va-et-vient» Erreur. Mettez le panier de votre chien lĂ  oĂč il aime ĂȘtre. Pensez Ă  son confort. PrĂ©fĂšre-t-il ĂȘtre dans un endroit calme ? Ou alors aime-t-il votre compagnie ? La plupart des chiens passent leur journĂ©e seul, pendant que vous ĂȘtes au travail. Ne le privez pas de votre prĂ©sence en cachant son panier au fin-fond de votre maison, loin de vous.

  3. «Si votre chien est allongĂ© sur votre passage: ne l’enjambez pas, obligez-le Ă  se dĂ©placer.» Inutile – sauf si vous aimez dĂ©ranger votre chien quand il est confortablement installĂ©.

  4. «Caressez votre chien sur le dessus de sa tĂȘte, il comprend ainsi que vous le dominez.» Nos chiens prĂ©fĂšrent ĂȘtre caressĂ©s sur le poitrail, le ventre... Il est outrant que certains dresseurs utilisent mĂȘme la caresse, qui est censĂ© ĂȘtre un moment complice et agrĂ©able, pour soumettre leur chien.

  5. «Ne laissez pas votre chien dormir sur le canapĂ©, sur le lit, ou monter sur les chaises.» En fait, laissez votre chien aller lĂ  oĂč ça ne vous dĂ©range pas. Cela n’affectera pas son comportement. Si cela ne vous dĂ©range pas que votre chien aille sur le canapĂ© : faites-vous plaisir ! Assurez-vous juste qu’il apprenne bien l’ordre «tu descends» - bien pratique si vous avez besoin de faire un peu plus de place pour les invitĂ©s.

En fait, tous ces conseils ont un point commun : ils sont fondés sur la notion erronée de hiérarchie entre maßtre et chien. 

Votre chien ne complote pas pour voler votre statut de mùle alpha au sein de votre foyer. 

Selon beaucoup de dresseurs, nos chiens aspirent Ă  une chose : ĂȘtre le chef Ă  la maison. Il faut donc toujours le rabaisser Ă  sa place de soumis. Sinon, gare Ă  vous ! S’ensuivent des avertissements alarmistes: «Attention, si tu continues de te laisser faire, bientĂŽt ton chien dormira dans ton lit. Il mangera dans ton assiette ! C’est toi qui finiras dans une niche, attachĂ© Ă  un piquet!». Puis ils concluent avec cet adage traditionnel: «Traite ton chien comme un humain, et il te traitera comme un chien.» Je dĂ©teste ce dicton. Traitons les chiens avec amour et respect. Les miens ont le droit d’aller sur mon canapĂ© lorsque je les y invite. Je refuse de les faire dormir dehors quand il fait froid. Quand ils viennent rĂ©clamer une caresse, je m’occupe d’eux si je suis disponible. Pour autant, me traitent-ils comme leur semblable ? Bien sĂ»r que non... Aucun rapport de force entre nous. Mes chiens travaillent avec moi. Pas pour moi. Nous faisons des promenades, des jeux, des tours de cirque ensemble. Ils ne m’obĂ©issent pas par soumission, mais par plaisir de travailler en Ă©quipe. Mes chiens ne me voient pas comme leur tortionnaire, ni mĂȘme leur chef. Ils ont la conviction que je fais le bon choix pour eux. Ils savent que me suivre est dans leur intĂ©rĂȘt. 

Alors pourquoi mon animal fait-il des bĂȘtises ? 

Il n’empĂȘche que parfois, mes chiens ne m’obĂ©issent pas. Ils peuvent se montrer agressifs, ou bien se permettre certaines libertĂ©s. Si ce n’est pas par dominance, comment expliquer ces comportements ? C’est simple : parce que le chien est un animal opportuniste et hĂ©doniste. C’est dans sa nature mĂȘme, inutile de s’en offusquer. Si on ne peut pas l’accepter, alors on n’en adopte pas. Le chien est opportuniste parce qu’il cherche Ă  profiter de la moindre situation qui peut lui ĂȘtre immĂ©diatement profitable. Ici, je vais prendre l’exemple de PĂ©nĂ©lope. Quand elle voit un lapin passer, elle ne m’obĂ©it plus du tout. Mais alors plus du tout ! J’ai beau m’époumoner, rien n’y fait : elle ne revient qu’aprĂšs avoir abandonnĂ© sa chasse. Elle est donc opportuniste : attraper un lapin lui est bien plus profitable que de rester sagement au pied. Pauvre lapin (heureusement ils sont bien plus rapides qu’elle). Le chien est aussi hĂ©doniste parce que ses actions sont motivĂ©es par la recherche de confort et de plaisir. Je dis bien : confort et plaisir. Pas de dominance. La motivation de Maki, quand il saute sur le canapĂ©, et de faire une sieste bien confortable. Sa raison d’agir n’est donc pas d’affirmer sa soi-disant position de chef. 

La clef pour comprendre son chien: la MOTIVATION ! 

Si vous voulez que votre chien vous obĂ©isse, tout est une histoire de motivation. Reprenons briĂšvement l’exemple de PĂ©nĂ©lope et son lapin. J’ai beau l’appeler, ĂȘtre gentil, puis menaçant, et mĂȘme franchement Ă©nervĂ©, elle s’en contrefiche ! Je me sens complĂštement impuissant. Mais essayons de reprendre notre calme, et analysons ses motivations. D’un cĂŽtĂ©, PĂ©nĂ©lope a une motivation sociale : si elle revient au pied, je serai content, je la fĂ©liciterai et elle ne se fera pas grondĂ©e. De l’autre, PĂ©nĂ©lope a une motivation vitale et instinctive : si elle continue Ă  courser ce lapin, elle pourra peut-ĂȘtre le manger, et elle ne mourra pas de faim. Certes, PĂ©nĂ©lope est loin de mourir de faim, mais se nourrir est un impĂ©ratif profondĂ©ment ancrĂ© dans ses gĂšnes. Comment faire concurrence avec une motivation si instinctive ? La clef pour me faire obĂ©ir : faire pencher la balance de la motivation de mon cĂŽtĂ©. La motivation est cruciale quand on Ă©duque son chien. Tous les meilleurs Ă©ducateurs canins vous le diront. J’aimerais continuer cet article en citant le Dr JoĂ«l Dehasse*, vĂ©tĂ©rinaire comportementaliste et pionnier de l’éducation positive. Selon lui, la dĂ©fiance volontaire de votre autoritĂ© n’est pas un comportement propre au chien. C’est un concept inventĂ© de toute part par l’Homme, qui «reproduit avec le chien ce que la sociĂ©tĂ© fait avec lui : il se l’approprie, il le soumet, il le rend dĂ©pendant, il l’asservit. Ce faisant, l’homme sauve quelques Ă©tincelles de son pouvoir de vie.» C’est bien triste. 

ArrĂȘtons de croire qu’il faut forcĂ©ment un chef dans notre duo. CrĂ©ons plutĂŽt une symbiose bienveillante, oĂč le chien peut se rĂ©aliser et exprimer ses besoins. Tout le monde y est gagnant !

*«Tout sur le Psychologie du Chien», par le Dr Joël Dehasse, publié aux éditions Odile Jacob.   

đŸŸ « Ne le laisse pas monter sur le canapĂ©, il va croire qu’il est le chef. »
Combien de fois ai-je entendu cette phrase
 Et combien de fois ai-je vu des gardiens bien intentionnés maltraiter (sans le vouloir) leur chien à cause de cette idée fausse.
Dans cet article, je dĂ©monte — point par point — le mythe de la hiĂ©rarchie entre humain et chien. Je vous raconte aussi ma premiĂšre (et derniĂšre) expĂ©rience dans un club canin « traditionnel »  et pourquoi j’en suis ressorti rĂ©voltĂ©.
Avec l’éclairage du Dr Stephan Gronostay, vĂ©tĂ©rinaire comportementaliste, je vous explique pourquoi votre chien n’a pas besoin d’un chef, mais d’un guide bienveillant.

👉 À lire absolument si on vous a dĂ©jĂ  dit que votre chien Ă©tait “dominant”.

Voir Nos Produits
Retour au blog

Laisser un commentaire